Au beau milieu des saules.

 

C’était un endroit comme les autres ; un coin de campagne, vert toute l’année, car une rivière le traversait. Il y avait quelques arbres aussi, des jeunes droits et lisses, et de très vieux, râpeux et tordus. Ceux-là, on aurait dit qu’ils avaient parcouru la Terre entière avant de se planter là, par choix, par lassitude peut-être. En tout cas, ils avaient pris racine…

Parmi ces arbres, il y avait une petite colonie de saules pleureurs. L’eau les attire : Il faut bien que les larmes naissent quelque part. Et parmi eux, il y avait HAHA, un petit saule chétif aux branches tombantes, comme les autres, mais qui passait son temps à rire. Un saule rieur ! Pensez-vous ! c’était aussi absurde qu’un sac à pied ou du Dermophil cow-boy. Les vieux saules pleureurs, SNIF en tête, criaient à l’imposteur, à l’erreur de la nature. Que penseraient donc les hommes s’ils apprenaient ça ? C’en serait terminé de l’intérêt des poètes ; Fini la belle renommée triste qu’il avaient mis des centaine d’années à entretenir. Tout ça à cause d’un petit avorton qui avait eu le culot de pousser à l’ombre des vieux tristes, en bordure de rivière.

Impossible de le sermonner : HAHA était moqueur et tournait en ridicule chaque tentative. « Une bonne tempête, une grosse crue l’aideraient sûrement à réfléchir » ne cessait de répéter SNIF, l’énorme vieux saule au ramage interminable, triste comme un amoureux éconduit, mais dans cet endroit, la rivière était calme et le vent, doux comme une berceuse. Il n’y avait guère que les vaches pour offrir un peu d’animation en venant se rafraîchir au moment des grosses chaleurs. HAHA aimait importuner les vaches. Il les frôlait de ses branches pour leur donner envie de se gratter, et riait de les voir meugler dans le vide.

Il y avait quelques humains parfois qui s’arrêtaient le week-end pour manger ou s’embrasser en profitant de la tranquillité des lieux. HAHA les observait. Il les entendait rire et s sentait proche d’eux, bien plus proche que de SNIF par exemple ou de n’importe quelle pleureuse sur tronc qui se répandait à longueur de temps. Ben oui, quoi ! La vie n’était-elle pas belle ainsi ? De l’eau, du soleil, du vent, des nuages… Tous lui demandaient sans cesse pourquoi il riait, mais aucun d’eux ne savait pourquoi il était triste.

_ C’est comme ça… Nous sommes des saules pleureurs, nous devons pleurer. C’est pourtant pas compliqué à comprendre, si ?

_ C’est même trop simple pour moi ! Vous n’avez jamais essayé de rire comme ces humains… C’est pourtant tellement bon…

_ Pouah… les humains. Ces trucs qui bougent, qui salissent tout, qui passent du rire aux larmes pour un rien… Et leur écorce si fragile, leurs malheureuses branches et leur vie si courte… Il n’y a guère que les poètes qui vaillent la peine dans cette espèce ; enfin ceux qui prennent la peine d’entretenir leur tristesse et de venir pleurer à nos pieds. Les autres sont aussi constants que le vent… et je vois que ça te fait encore rire…

_ Non, ce n’est pas ça, je pensais à autre chose. Il paraît que les humains font leur cercueil avec du bois de sapin ou de chêne. J’entendais un poète l’autre jour qui parlait de ça. Je me disais juste que les humains devraient t’utiliser, te réduire en planches, pour s’assurer des larmes éternelles.

_ Espèce de petit sapajou !

_ essaie donc de m’attraper, vieil infirme ! Vas-y, bouge tes racines, t’es un peu raide du tronc, ha ha ha !

Voilà, c’était comme ça dans cet endroit tranquille. La rivière glissait comme une traîne de mariée interminable, les saules immobiles se chamaillaient puis s’ignoraient et le vent caressait ce petit monde en pensant à autre chose.

 

Mais un jour les hommes vinrent dans d’étranges machines métalliques et firent un boucan du diable pendant des jours et des jours. Ils retournèrent la terre du champ, creusèrent, pour donner naissance à une route goudronnée. Un peu plus tard, le champ tout entier fut remplacé par des habitations et des jardins et, encore plus tard, à quelques mètres des saules, les humains avaient construit un drôle d’édifice pour se débarrasser de leurs petits pendant la journée.

Les saules comprirent vite pourquoi dès la première récréation. Ces petits étaient insupportables : Ils couraient, piaillaient tels des oiseaux affamés, riaient, se pourchassaient sans raison. L’endroit, si calme auparavant, ne le fut plus qu’en l’absence de ces petits monstres et les saules pleuraient leur bonheur passé. Seul HAHA riait aux facéties de ces petits clowns. Il enviait même un peu les platanes qui avaient été plantés en plein cœur de la cour, mais il changeait très vite d’idée quand il y songeait, de peur d’être attristé et de devenir comme les autres saules.

Après l’école, certains enfants venaient passer un moment près de la rivière avec leurs parents. Les plus remuants s’accrochaient aux branches, se fouettaient les jambes et fabriquaient des lassos avec ce qu’ils arrachaient aux saules. Tous maudissaient ces saccageurs irrespectueux. Bien sûr, HAHA se démarquait encore : Il aurait tout donné pour que les petits monstres restent à ses côtés.

Bizarrement, ces derniers s’intéressaient plus à SNIF. Avec sa forme étrange, torturée, son vieux tronc noueux, il paraissait être tout droit issu d’un livre de sorcières. Les enfants l’attaquaient ou l’envoyaient détruire des forteresses imaginaires en le bourrant de coups de pieds pour lui donner du cœur à l’ouvrage.

_ J’aimerais avoir ton allure, vieux pleureur. Les enfants t’aiment tant. Tiens, ça me rendrait presque triste si la rivière ne me chatouillait pas délicieusement les racines.

_ C’est donc ça ton handicap ? les chatouilles de la rivière ?

_ Mais de quel handicap parles-tu, vieille branche ? C’est un pur bonheur de rire, ça remue la sève, ça fait vibrer les fibres, ç assouplit les jointures.

_ N’insiste pas. Je te le répète encore une fois : notre condition est d’être triste. Nous sommes des saules pleureurs ; nous l’avons toujours été. Toi, tu es juste l’erreur qui confirme la règle. Quant à ces nains destructeurs, si je pouvais les fouetter moi-même, j’y consacrerais toutes mes branches pour les inciter à fuir.

_ Ça me va d’être une erreur, mais tu constateras que la nature regorge d’erreurs. Ces enfants t’ont choisi, par exemple, et tu n’en veux pas alors que j’aimerais tant qu’ils m’escaladent, qu’ils me malmènent et qu’ils rient contre moi. Tu vois bien que les règle de cette nature ont aussi leurs limites.

_ Les humains sont des perturbateurs ; ils n’ont rien à voir avec la nature. Ce sont… heu… Ah, tu m’agaces à la fin… ce sont des erreurs, oui tout comme toi !

_ Mais qui appartiennent, quoique tu puisses en dire, à la nature. Tout ce qui n’est pas toi est une erreur. Je comprends pourquoi tu es si triste : Ton monde est trop petit. Il ne va pas au-delà de tes racines.

_ C’est ma condition. Ton monde à toi est sans racines, tu es à peine un arbre. Ce monde auquel tu aspires est celui des humains et du vent : un monde sans consistance. Parle-donc à la rivière, dis-lui de faire un détour. Sans ces chatouilles, tu deviendras peut-être l’un des nôtres.

_ C’est bien le dernier conseil que je suivrais. Je ne me séparerai jamais de la caresse de la rivière : elle est fraîche comme un rire d’enfant.

_ Tu es irrécupérable. Décidément, cela m’attriste.

HAHA et SNIF ne s’adressèrent plus la parole jusqu’à un mercredi, jour de liberté des petits monstres. Quelques adultes en avaient amené toute une tripotée au bord de la rivière pour pique-niquer. Evidemment, il se trouvaient des enfants pour aller du côté des saules. SNIF pleurait des larmes de rage. On lui avait encore arraché des branches pour le plaisir, on lui avait éraflé l’écorce avec des cailloux pointus, et pire, les enfants avaient jeté à ses pieds des déchets qui mettraient des centaines d’années à disparaître de sa vue si le vent ne se décidait pas à souffler dessus. HAHA pleurait aussi, mais de rire devant les assauts répétés de ces petits drôles.

Et puis il y eut un enfant qui s’adossa à son tronc et le cogna d’un coup sec. Il pleurait sans bruit, comme s’il perdait son eau. Il cogna à nouveau et cria :

_ Arrête de te moquer !

_ Quoi, tu m’entends ?

_ Oui je t’entends rire à chaque fois que je viens là. Tu es méchant de te moquer de ma tristesse.

_ Hien ? Mais je ne moque pas de toi ! C’est vrai, tu m’entends vraiment alors ?

_ Ben oui. Toi et l’autre arbre à côté.

_ Qui ça, ce vieux bandit de SNIF ?

_ Oui, l’autre qui pleure tout le temps et qui se moque de moi en m’imitant.

SNIF cessa de pleurer pour s’adresser au garçon.

_ Dis-donc, nain destructeur. Tu crois être le centre du monde ? Sache que je suis toujours triste. Je suis un saule pleureur, on ne vous apprend donc rien dans vos écoles ? Pas étonnant que siècle après siècle vous reproduisiez toujours les mêmes erreurs. Vous transformez notre nature en poubelle.

_ Ah, non, vous avez raison, vous ne vous moquez pas de moi, vous me détestez. C’est pire encore !

_ C’est malin, SNIF. Tu n’as pas honte de faire pleurer un enfant ?

_ Il pleurait déjà, HAHA, et puis on grandit mieux dans la vérité, non ? Regarde-toi, tu es tout frêle, tout chétif à force de te mentir.

_ Je suis chétif, mais je suis gai. J’en tire toute ma légèreté. Hé, mon garçon, je ne me moque pas de toi, je t’assure. Quel est ton prénom ?

_ Tom.

_ Je ne me moque pas de toi, Tom. Je ris toujours, à tout moment.

_ Ça doit être épuisant !

_ Quoi ? mais non, ça fait du bien.

_ Oui, mais je pensais aux autres arbres autour, ça doit les agacer.

SNIF éclata du premier rire de sa longue vie d’arbre puis enchaîna :

_ Petit homme, je t’ai mal jugé. C’est effectivement insupportable. Toi, tu as le choix de t’éloigner quand tu en as marre, mais moi…

_ Eh Tom, tu parles tout seul ?

_ Qui est-ce ? demanda HAHA.

_ C’est Hubert, un crétin.

_ Répète un peu ce que tu viens de dire !

_ Tom n’eut pas le temps d’ouvrir la bouche. Hubert pesait déjà de tout son poids sur lui et le bourrait de coups de poings. Les adultes étaient trop loin pour intervenir. Pour la première fois de leur vie, les deux saules furent traversés par la même envie : celle d’aider Tom à se sortir de ce mauvais pas. Le vent et la rivière le sentirent immédiatement et s’arrêtèrent pour assister au phénomène. La rivière inattentive déborda de son lit, et le vent qui s’était, lui aussi, amassé, se mit à transformer toute cette eau en un tourbillon dansant. Bientôt, les deux enfants tournoyèrent comme des feuilles et Hubert fut projeté assez loin dans les herbes hautes, tandis que Tom retomba délicatement entre les deux saules. Hubert courut aussi vite que Sonic, le hérisson. Tom caressa le tronc des deux arbres dès qu’il fut remis de ses émotions et partit, soulagé, mais toujours écrasé par une profonde tristesse.

_ C’est un bon petit ! fit SNIF en pleurant

_ Oui, plutôt gentil pour un nain destructeur, non ? Et puis il t’a fait rire, je l’ai vu.

_ C’était une grimace, pas un rire.

_ Ce n’est pas beau de mentir, vieux SNIF.

_ Bah, toi tu as versé une larme quand il est parti.

_ C’était un reste de rivière, ce n’était pas moi.

_ C’est ça… Saule menteur !

_ Saule menteur toi-même !

Et comme toujours, nos deux saules se firent la tête jusqu’à la nouvelle venue de Tom, la semaine suivante. Il était seul. C’était étrange. Il avait toujours l’air aussi triste.

_ Vous avez été fantastiques la dernière fois. Je ne vous ai pas assez remercié.

_ ce n’est pas la peine, fit HAHA, dis Tom, tu as bien vu ce vieux croûton rire ?

_ Oui un peu.

_ Ah, saule menteur, saule menteur !

SNIF sortit de son silence :

_ Et cet avorton déraciné, tu ne l’as pas senti pleurer lorsque tu es parti ?

_ Oui… je crois me souvenir que pour une fois il ne riait plus, mais…

_ Ah ah… Saule menteur, saule menteur !

_ Vous êtes surtout deux saules imbéciles !

_ C’est comme ça que tu nous remercies, Tom ?

_ Vous ne comprenez pas, tous les deux, que c’est pour des histoires comme celles-là que je pleure ? Mes parents vous ressemblent. Ils étaient capables de choses formidables, mais depuis qu’ils gaspillent leur énergie à se pourrir la vie, ils n’en ont plus assez pour moi. Regardez : je suis là, c’est l’heure du repas et je suis sûr qu’ils se crient dessus. Et quand ils se rendront compte que je ne suis plus là, ils vont se crier dessus encore plus fort et s’accuser l’un, l’autre de m’avoir laissé sans surveillance.

_ C’est que nous ne savons pas très bien ce que c’est d’avoir des parents…

_ Ce n’est pas la question. J’en ai ras-le-bol de voir tout le monde se déchirer. Même les arbres qu’on dit si sages, se conduisent n’importe comment. Pourtant, il doit bien y avoir une raison pour laquelle je peux communiquer avec vous. Vous êtes là pour m’aider, j’en suis sûr.

_ Je ne vois vraiment pas comment… Nous sommes prisonniers de la terre, nous ne savons pas faire grand-chose…

_ La semaine dernière, vous avez été géniaux.

_ On ne l’a pas fait exprès, à vrai dire, avoua SNIF.

_ Si ! Bien sûr que si. Vous pensiez tous les deux à moi et il s’est produit un truc magique.

HAHA ne riait plus depuis un moment. Il se sentait envahi par la tristesse de Tom. C’était pénible, douloureux et nouveau.

_ écoute, petit. Je ne veux pas te décevoir, mais les histoires de cœur, nous n’y connaissons rien…

_ Ouais ça je sais, mais en dispute vous m’avez l’air fortiches. Je sais que mes parents vont se séparer et qu’ils ne s’aiment plus, mais je voudrais que ça se passe bien, vous comprenez, qu’ils pensent un peu plus à moi.

_ vraiment, Tom, je te dis cela du fond de mon vieux tronc, j’aimerais pouvoir t’aider. Fit SNIF en reniflant bruyamment.

_ Moi aussi, ajouta HAHA qui pleurait à chaudes larmes.

_ Super ! Vous êtes à nouveau d’accord. On va rester tous les trois comme ça. Jurez que vous ne vous disputerez plus de la journée !

Les deux saules jurèrent et le soleil déclina, recouvert par la nuit. Tom tremblait un peu mais ne disait rien. HAHA et SNIF cogitaient, se remuaient les feuilles dans tous les sens, mais rien n’en sortait. Ils se renvoyaient des regards dépités, et des branches ballantes.

 

Au loin, on entendit crier « TOM ! ». ce dernier sursauta. Ses parents n’étaient pas loin. Il cria pour leur indiquer le chemin. Les voix se rapprochaient. Les deux adultes couraient avec leurs lampes de poche qui ressemblaient à des yeux de monstre dans la nuit.

_ Tom, mais qu’est-ce que tu fais là ? ça ne va pas la tête ?

La rivière et le vent s’invitèrent à nouveau au spectacle, l’une débordant, l’autre soufflant. Tom se trouva très vite au-dessus des arbres, assis sur un geyser de plusieurs mètres de haut. Ses parents criaient, lui demandaient de ne surtout pas bouger, mais Tom n’avait pas peur et c’est lui qui, un doigt sur la bouche, leur demanda de se calmer.

_ Il n’y a rien à faire ! Je suis aux bras de la magie des saules. Je vais rester là toute ma vie.

_ Mais voyons, c’est impossible. Dit sa mère.

_ Saute et je te rattrape. Ajouta son père.

_ Non ! Je suis ici pour une très bonne raison et je n’en redescendrai que pour une raison meilleure encore.

_ qu’est-ce que tu racontes ?

_ Vous voyez ces deux saules. Eh bien ils étaient comme vous, toujours à se disputer. Mais regardez comme c’est magique quand ils se mettent d’accord. Si les arbres y arrivent, je ne vois pas ce qui vous empêcherait d’essayer.

_ Essayer quoi ?

_ D’arrêter de vous déchirer pour tout et rien. Ce ne sont plus des parents que j’ai, mais des confettis de parents, et ceux-là sont loin d’être drôles, croyez-moi.

_ Mais enfin, chéri, ce sont des histoires d’adultes…

_ D’adultes qui sont plus bêtes que des enfants. Je vous préviens, je suis très en colère contre vous deux. Je ne bougerai pas d’un pouce. Mes amis sont avec moi.

_ Les arbres, tes amis, mais enfin c’est du délire !

_ J’ai tout mon temps…

Le père de Tom se coucha sur le geyser, mais fut aussitôt expulsé par la rivière et le vent qui s’attendaient à pareille manœuvre.

_ Ça ne sert à rien de ruser avec les éléments. Revenez me voir quand vous aurez compris ce qu’il faut faire.

Les parents de Tom le supplièrent, mais il tint bon et ils finirent par s’endormir au pied du geyser.

 

Le lendemain matin, lorsqu’ils ouvrirent les yeux, il y avait tout un attroupement autour du geyser. Ni les gendarmes, ni les pompiers ne parvenaient à attraper Tom. Le vent et la rivière avaient raison de tout.

_ C’est votre fils ?

_ Oui monsieur le pompier.

_ Il dit que vous êtres les seuls qui pouvez mettre fin à tout ce cirque. Ça ne vous dérangerait pas de nous aider un peu ?

Les parents de Tom baissèrent la tête. La honte, oui. Pas celle de se donner en spectacle devant tout ce monde, non, mais celle qui vient lorsqu’on se rend compte que l’on est devenu la source du malheur de son propre enfant. Alors oui, ils allaient essayer, tenter de se rappeler les qualités de l’autre, tenter d’accepter que l’autre est indispensable à Tom, tenter de mettre toute leur énergie sur les points d’accords plutôt que de la laisser filer dans les disputes stériles, mais qui infectent pourtant.

Ils ne s’aimaient plus, et alors ? Ils aimaient Tom. Il leur fallait garder ça en tête. Ça prendrait sûrement du temps…

 

Les gens avaient pris l’habitude de rendre visite à l’enfant geyser, Hubert y compris. On lui envoyait toutes sortes de cadeaux, de bonbons. On le prenait en photo. Il y avait même des cartes postales de la ville à son effigie et des cars de touristes étrangers s’arrêtaient spécialement pour l’attraction.

 

Et puis une nuit, les parents de Tom s’installèrent sous le geyser, tendirent les bras et ne dirent pas un mot. Le vent cessa, la rivière se retira et Tom tomba dans les bras de ses parents en douceur. Le calme. Enfin. Il s’endormit épuisé et les deux saules pleurèrent d’émotion. Le vent était là aussi, il avait lié leurs branches.

_ Nous sommes les saules bonheur fit HAHA, avec des larmes, et de la joie.

_ Oui, des saules bonheur, mon ami. Jamais je n’ai ressenti pareille fête en moi. Tout cela grâce à l’énergie d’un nain constructeur…

La rivière et le vent le fouettèrent.

_ Oui, oui, je ne vous oublie pas la coulante et le fuyant. Sans vous, rien n’aurait été possible, évidemment. Et le vieux SNIF se mit à rire en secouant les branche de HAHA qui ne se fit pas prier pour rire en écho.

 

Tom n’entendit plus parler les saules, mais il revint souvent les voir, pour se coller contre eux, parfois seul, parfois avec l’un de ses parents. Et devinez à qui il présenta sa première amoureuse ? Je vous laisse imaginer ce que le vent et la rivière inventèrent ce jour-là, au beau milieu des saules…

 

Écrire commentaire

Commentaires : 1
  • #1

    Écriplur (dimanche, 05 mai 2013 09:33)

    Bonjour,
    la lecture de ce conte au matin est un vrai bonheur !
    C'est une histoire pour les grands qui me réconcilie avec le monde : les affrontements cachent l'accès à une troisième voie miraculeuse, une sorte de mystère, si vous voyez ce que je veux dire.
    Belle journée de printemps,
    Céline.